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Interview

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 - Comment vous est venu cette idée de faire une collection sur le cyclisme ?
Je suis passionné de cyclisme depuis tout petit. Je le pratique même en compétition sur route. Quand on dit « se faire vacciner par un rayon de bicyclette, souvent, on ne croit pas si bien dire ! En 2000, le Tour de France partait du Futuroscope. Habitant alors Angers, on a donc fait le déplacement avec ma femme. Suivant régulièrement le Tour à la télévision, je savais que les coureurs n'attachaient pas be­aucoup d'importance à leurs bidons. Donc quitte à aller voir le Tour et ramener un souvenir, autant rapporter un de ces bidons. J'ai donc assisté aux deux arrivées d'étapes passant dans ma région. On y a récupéré cinq bidons, tous différents. Quelques mois après, se déroulaient à  Plouay les championnats du monde. A l'arrivée, je me suis retrouvé par un heureux hasard dans les stands des coureurs (une femme d'un coureur ayant ouvert une brèche dans les barrières sans la refermer derrière elle). Même bilan qu'au Tour. Un collègue de travail également collectionneur, et c'est l'enchaînement.


- C'est un cercle assez fermé, une communauté dont tous les "membres" se connaissent.
En fait, le cercle n'est pas si fermé que ça. Entre qui veut ! Au début de ma collection, je ne connaissais personne. Puis au fil des courses, on voit souvent les mêmes têtes. Un hochement de tête, puis on commence à dire bonjour, à se parler, échanger des infos. Au début, on est un collectionneur parmi tant d'autres, puis, on devient le gars qui a fait un site sur la collection cycliste. On correspond par le biais du site, on fait des échanges. Puis vient le bouche à oreille ! maintenant, il m'arrive que des gens me connaissent avant de les avoir rencontré. Je suis toujours aussi étonné de découvrir que beaucoup de collectionneurs existent. Maintenant, dire que tout le monde se connaît, c'est beaucoup dire : il y a des personnes discrètes ; certains n'ont pas les mêmes « points stratégiques » ou ne vont presque pas sur les courses et qi fonctionnent que par échange. Chacun sa passion : les pin's, les boîtes de camembert, ... nous c'est sur le vélo.


 - Quelles genres de relations entretenez-vous avec ceux que vous connaissez ?
Pour la plupart très bonnes. Je distingue deux catégories : les relations par internet (le plus souvent pour faire des échanges ou partager des infos), et les relations sur une course. La première est plus impersonnelle et abstraite : on ne sait pas à qui on a à faire. Elle est très fortement basée sur la relation de confiance, chose qui fait parfois défaut dans ce milieu du fait que souvent chacun est isolé. Il arrive que certains tombent sur des escrocs : on envoie des choses, mais rien ne vient. C'est le risque ! La deuxième est complètement différente puisqu'on a devant soi son interlocuteur. L'échange n'est donc plus le même ; il plus riche et plus convivial. Bien sûr, chaque rapport est différent : la part du feeling est importante. Mais, je trouve qu'il y a toujours une pointe d'égoïsme plus ou moins forte chez chacun. Même si je pense que les mentalités changent, il y a toujours une hésitation pour donner une adresse, une info, un conseil. Le propre du collectionneur est d'avoir la plus belle collection : ça induit donc une certaine compétition et un certain bluff. J'entends souvent « j'ai reçu », mais jamais « tu peux avoir ça si ». Cependant, il ne faut pas noircir le tableau : l'ambiance est sympa en attendant


- Vous est-il déjà arrivé des mésaventures ?
Il m'est arrivé de me prendre de bec avec plusieurs : certains ont besoin de se faire remettre en boîte, d'autres se disent collectionneur, mais en fait, n'ont rien à voir avec cette mentalité qui je l'avoue est parfois spéciale. Pour exemple, un jour, on m'a proposé des articles à acheter. Jusque là , rien d'anormal ! mais ce qu'on me proposait correspondait mot pour mot avec ce qu'un autre collectionneur me proposait lui à l'échange. J'ai donc alerté cette personne avec qui j'entretiens de très bonnes relations. Mais voilà ! ce pseudo-collectionneur vendait des articles avant même de les avoir, sans jouer la transparence avec les 2 parties. Certains ne souhaitent uniquement se faire que de l'argent : ça casse alors un peu notre jouet. Que certains vendent des articles de leur collection pour pouvoir en avoir d'autres, pourquoi pas, mais l'argent ne devait pas prendre le pas sur la passion. La collection coûte cher, mais attention à garder la passion. Sinon, autant ne rien garder !
Mais heureusement, ce ne sont que quelques brebis galeuses parmi un troupeau. A chaque course, on prend plaisir à revoir les « collègues ». Bien sur, rien de comparable avec les discussions d'un repas du dimanche midi entre famille ou amis. « Est-ce que tu as ? » « sais tu que ? » chacun apporte sa pierre à l'édifice. Seulement, on connaît parfois plus la collection que son interlocuteur.


- Vous avez mis sur pied ce site afin de pouvoir permettre aux collectionneurs de s'échanger, vendre ou acheter des objets dans le but d'agrandir les collections de chacun. Etes vous un peu seul dans cette vision de pensée ?
Je ne pense pas. On m'encourage et on me félicite pour mon site. Je suis flatté de la reconnaissance qu'on me donne pour le simple d'informer sur les dernières nouveautés sorties. Pour reprendre les dires d'un ami : « notre petit cercle s'agrandit ». Si on veut accroître sa collection, on est quasiment obligé de passer par des échanges. Il est impossible de tout avoir (ce qui fait l'intérêt d'une collection), mais chacun veut s'en approcher au maximum. Internet facilite énormément les choses, au point que certains s'y mettent. Maintenant, cette façon de penser est propre à chacun. Certains préfèrent faire seul. ÿa se respecte. Mais, c'est tellement plus facile et sympa de faire à plusieurs.


 - Quels sont vos endroits favoris dans la course ?
Les départs et arrivées de course, les zones de ravitaillement et les hôtels sont les points clé pour un collectionneur. Le but du jeu est d'être là où les autres ne sont pas.


 - Certains ne sont-ils plus de simples fans mais vraiment des "profiteurs" du système ? Le respect envers les coureurs est-il toujours total dans ces conditions ?
 Comme je le disais tout à l'heure, certains ne pensent que par l'argent, si bien qu'aujourd'hui les portes se ferment petit à petit. Avant, les cartes postales de coureurs étaient gratuites. Maintenant, elles sont quasiment toutes payantes. Même si cet argent est aujourd'hui intégré dans le budget de l'équipe, chose qui ne l'était pas avant, l'influence de ces profiteurs n'y est certainement pas fortuite. Cependant, le fait d'emmagasiner bidons, casquettes, cartes postales peut se discuter. Si la personne sait qu'il peut échanger cela contre des choses qu'il n'a pas, ça passe mieux. Il faut donc tempérer et ainsi trouver un juste milieu. Il faut aussi avouer qu'on est parfois content de pouvoir acheter ce qui est rare. Chaque collectionneur le fait ou l'a fait. ÿa fait partie de ce « milieu ». Ce qu'il faut arrêter, c'est l'image que l'on peut voir dans les bourses au vélo : des personnes adultes se ruer et se bousculer sur certains stands pour récupérer diverses choses et les revendre plus loin ou plus tard. Côté respect du coureur, je pense qu'il est intact. Ce que je décris là se passe en dehors. Le point de chute est de toute façon un collectionneur ou un passionné. Les coureurs sont conscients de ce qui se fait en aval.


- Allez-vous voir une course pour principalement admirer et encourager les coureurs ou tenter d'agrandir votre collection ?
Pour ma part, lorsque je vais sur une course, c'est pour augmenter mon capital. Il y a toujours une carte à faire signer, un bidon que l'on a pas à récupérer, ... Encourager, mea culpa, pas vraiment : déformation de collectionneurs, on s'attarde d'avantage à regarder si un coureur jette un bidon ou s'il a une casquette. Donc peu de place aux encouragements. Admirer n'est peut être pas le mot. Je vois souvent les mêmes équipes dans notre région ; donc on s'habitue à voir les coureurs. Et puis, même connus et reconnus, les coureurs sont restés simples : ils ne se prennent pas pour des stars. Je prends quand même du plaisir à me retrouver auprès de ces champions, qui doivent être à mon sens, parmi les plus disponibles de tous les sports. Par contre, je suis toujours impressionné de l'esthétisme dégagé : équipement comme neuf, professionnalisme, ...


 - Quel est le profil du "chasseur" ?
L'image du chasseur me plait bien ! c'est exactement ça. En groupe, quand le « gibier » n'est pas là . Après, chacun prend son fusil et part à la chasse. Une fois la course partie, on se regroupe et on compare. Physiquement, un collectionneur marche beaucoup, tourne en rond, s'arrête quand un coureur apparaît, penche la tête dans son sac en bandoulière et en ressorte avec un paquet de cartes postales.


 - Comment le devient-on ?
Pour être collectionneur, il faut être passionné ou enfant de passionné. Si on ne l'est pas, la passion dure quelques années et puis après, plus rien, on se débarrasse de tout. En plus, le budget consacré et le temps passé ne sont pas négligeables. Ca peut parfois freiner. On le devient en allant sur des courses pros, et en récupérant son premier bidon, ou en faisant signer sa première photo. Après, on se prend au jeu, on rencontre d'autres collectionneurs qui ont des cartes de coureurs de notre jeunesse. On se rend compte de la facilité de récupérer des choses et ensuite, tout s'enchaîne.


 - La fierté de la collection ne prend-elle pas le pas sur le reste ? (le respect, la bonne ambiance). A l'Alpe D'Huez, j'ai vu un homme courir et se rouler par terre pour attraper le bidon d'un coureur avant un enfant...
Je pense que cet homme n'était pas un collectionneur. Un collectionneur ne court pas. S'il n'a pas un bidon ou une carte, il aura un autre jour ou d'une autre façon. J'ai vu plusieurs personnes se faire bousculer ou bousculer sans s'excuser. Il faut parfois laisser les gens à leur bétise. L'engouement prend de temps en temps le dessus la bonne camaraderie. C'est vrai que c'est parfois vexant de se faire chiper quelquechose par quelqu'un qui n'est pas collectionneur, car on se dit que tôt ou tard, ça finira certainement à la poubelle ou au fond d'un carton. Surtout si on sait qu'on ne reverra pas cette équipe de la saison. Ca fait partie du jeu. Mais, il faut aussi laisser rêver des enfants et peut être assister à la naissance d'un futur collectionneur avec qui on pourra un jour faire un échange.